MON EXPÉRIENCE AU CCNDE

Il y a des expériences qui marquent profondément, et aujourd’hui, je souhaite partager un chapitre particulier de mon enfance : mes années passées à l’internat d’Évron, un établissement situé à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Fondé par la congrégation de la Charité Notre-Dame d’Évron en France, cet endroit m’a accueillie de mes 11 ans à mes 15 ans, soit quatre années qui ont été pour moi une véritable épreuve.

Depuis le CE2, mes parents avaient prévu d'intégrer cet internat. L’idée derrière tout cela ? M’éloigner des distractions, me concentrer sur mes études et m’apprendre la discipline. Mais pour moi, ce n’était pas du tout une bonne nouvelle. Dès mon arrivée, j’ai dû raser mes cheveux, une étape humiliante et traumatisante. En quittant mes parents, je ne savais pas encore que c’était le début d’une longue « mésaventure ».

Le réveil sonnait chaque jour à 5h30. Les repas étaient planifiés à l’avance et se répétaient inlassablement chaque semaine :

Lundi : Café, foufou, soja

Mardi : Pain beurre, attiéké pâte, spaghetti

Mercredi : Café, placali, soja

Jeudi : Pain beurre, attiéké sauce, spaghetti

Vendredi : Café, foufou sauce, soja

Samedi : Café, riz sauce, banane bouillie

Dimanche : Pain mayonnaise, attiéké poisson, vermicelle

Le matin , le morceau de pain était divisé en 6 tranches et le soir en 12 tranches . 

Nous n’avions pas le droit de manger la nourriture des élèves externes, et enfreindre cette règle signifiait être puni sévèrement.

Les restrictions allaient bien au-delà de la nourriture :

Impossible de garder de la nourriture si l’on n’avait plus faim.

Pas le droit de se rapprocher des membres de notre famille présents à l’internat.

Un nombre limité de vêtements était imposé.

On ne pouvait pas posséder plus de 2000 FCFA jusqu’aux congés.

Chaque jour ressemblait à une course d’endurance mentale où la moindre entorse aux règles pouvait coûter cher.

( Notre refuge était l’école parce que là bas au moins , nous étions avec des amis que nous aimions vraiment et qui nous aidaient de temps à autres à nos parents. ) 

Je me souviens d’un épisode qui m’a particulièrement marquée. Lors d’un rosaire, la salle était bruyante, ce qui a énervé la sœur principale. Sa punition ? Exiger que les filles de 3e et de Terminale (dont je faisais partie) quittent la salle, rangent leurs affaires et attendent sous la pluie, sans aucune protection. La pluie tombait à grosses gouttes, et nous étions là, couchées sur la terrasse ou à même le sol, trempées, frigorifiées, comme des objets abandonnés. 

Pour ajouter du piment à tout ce qu'elle faisait déjà , elle décida d'appeler nos parents et nous demanda de leur dire que s’ils ne venaient pas dans les jours qui suivaient , leurs enfants allaient rester dehors jusqu'à ce qu’ils se décident à venir . 

Lorsque les parents ont été convoqués pour récupérer leurs filles, la sœur les poussait à frapper leurs propres enfants, comme si cela lui procurait un plaisir malsain. Quand ma mère est arrivée, elle n’a pas voulu lever la main sur moi et la sœur décida de s’en charger elle-même et me donna une grande gifle que je n’oublierai jamais  . C’était humiliant,j’étais confuse et en même temps surprise de certains actes qu’elle posait  et cette scène restera gravée dans ma mémoire.

Cet événement a été le déclic. Je savais qu’il était temps de quitter cet endroit. Avec mes amies de 3e, nous avons pris la décision de ne pas revenir l’année suivante. La sœur principale a tenté de nous dissuader, convoquant chacune de nous pour comprendre nos raisons. Lorsqu’elle m’a interrogée, je lui ai simplement dit que mes parents avaient prévu que je parte étudier au Canada, ce qui, bien sûr, l’a mise en colère. Elle a même organisé une réunion pour nous convaincre des « opportunités » que nous allions perdre en quittant l’établissement. Mais nous étions déterminées.

Aujourd’hui, je repense souvent à ces années difficiles. Mes parents pensaient sincèrement bien faire en m’inscrivant là-bas, espérant que cela m’apporterait rigueur et discipline. Mais ce que j’y ai vécu n’était pas de l’éducation : c’était de la souffrance. Des expériences que l’on ne devrait jamais imposer à des enfants.

Si je partage ce récit aujourd’hui, c’est pour mettre en garde celles et ceux qui pourraient envisager un tel internat, et pour donner une voix à toutes celles qui ont vécu la même chose sans pouvoir en parler. Certaines blessures mettent du temps à cicatriser, mais raconter est un premier pas vers la guérison.

À toutes les personnes qui vivent des situations similaires : vous n’êtes pas seules. Il y a toujours une issue, même si elle semble lointaine.

Et vous, avez-vous déjà vécu une expérience qui vous a autant marqué ? Ne tardez pas à donner vos avis dans les commentaires .

 

One thought on “MON EXPÉRIENCE AU CCNDE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *